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  • Didier Maufras

Retour à Rueil-Malmaison, place Louis Renault


C'était il y a trente cinq ans, déjà.


Le site était celui-là, un rond point routier coincé entre le talus ferroviaire de la ligne RER et le développement de la ZAC Rueil 2000. Celui-ci était à l'arrêt, au grand dam de la mairie, à cause de deux propriétaires fonciers récalcitrants à céder leur terrain:


d'une part la SNCF qui occupait une grande parcelle historiquement stratégique dont l'usage était devenu obsolescent puisque abritant un entrepôt de fuel "stratégique" car lié aux impératifs de la défense nationale, et quelques lignes de garage pour stocker des trains de soldats dans l'hypothèse de défendre Paris contre l'envahisseur venant de l'Est,

d'autre part un industriel qui avait fermé son établissement, occupant dix hectares (!), et qui refusait obstinément de traiter avec M. Jacques Baumel, le maire de Rueil.

Par un heureux concours de circonstances, lié à l'opération de Blanqui-Glacière qui m'avait fait rencontrer J.Marsaleix, ce dernier avait réussi à convaincre l'industriel de vendre son terrain à la NORWICH UNION, compagnie d'assurances britannique, dont le programme était d'y installer son siège pour toute l'Europe, hors Royaume-Uni. Et sans aucune référence à la hauteur du programme, cette compagnie fit confiance à ma structure encore embryonnaire.

La qualité de l'investisseur aidant, le maire de Rueil accepta finalement de renoncer à la préemption en échange de la création d'une Z.A.C distincte de Rueil 2000, la Z.A.C. du Parc des Deux Gares, de statut privé et au bilan de 605 MF, dont je devins, au moins en titre, l'architecte en chef. La nuance réside dans le fait que les responsables de l'urbanisme municipal désignèrent systématiquement les BET de l'équipe de maîtrise d'œuvre, à la seule exception du paysagiste Michel Corajoud que je parvins à imposer.

Le souvenir qui m'en est resté est celui de la complexité des études de VRD en site urbain dense, et des nombreux arbitrages nécessités par le télescopage des intérêts des différentes parties prenantes : l'État et la Préfecture de région vis-à-vis de leurs différentes emprises routières de grand gabarit, la SNCF, la ville de Rueil et sa politique des déplacements piétons et cyclistes, les réseaux enterrés des différents concessionnaires ne faisant que traverser le site (par exemple un émissaire d'égouts de 800 mm de diamètre! qu'il fallut déplacer sur une centaine de mètres) , etc...

Dire que la réalisation de cette ZAC privée - incluant la commercialisation de 90000 m² de droits à construire puisque Norwich Union n'en utilisait in fine que 10 % pour ses besoins propres - a été difficile est un euphémisme car elle fut systématiquement conflictuelle dans un marché de dupes permanent entre une mairie habituée à un cercle exclusif d'intervenants immobiliers et un investisseur anglais privilégiant avec l'aide de ses avocats le respect du droit administratif.

De fait, juste après l'inauguration du siège social de Norwich Union France en mai 1996 - programme réduit, loin des ambitions initiales - la ville de Rueil reprit intégralement la concession de la Z.A.C. pour la terminer à sa guise, c'est-à-dire sans les interlocuteurs qu'elle avait du supporter initialement. Pour moi ce fut cependant une expérience très instructive sur le plan de la conception et de la gestion d'un aménagement urbain d'envergure, et également profitable pour le développement de mon atelier, puisque la Norwich Union régla scrupuleusement tous les frais d'études (et de contre-études) durant ces huit d'années.

Sur les cent mille m² "promis au début" - 65000 m² de logements et 35000 m² de bureaux -, mon atelier ne réalisa finalement aucun des immeubles de logements, pourtant tous dessinés, et seulement les 9000 m² du siège social de Norwich Union et les 5500 m² d'un immeuble de bureaux en blanc baptisé "Clarté" pointant son nez en léger retrait de l'alignement circulaire de cette place qui n'en est pas une puisque créée uniquement pour résoudre la difficulté d'un carrefour improbable, au débouché direct d'un tunnel reliant deux quartiers de Rueil séparé par les voies en talus du RER.

Sur la vue de 1987, on aperçoit à la fois en arrière plan la silhouette d'un immeuble de bureaux que ne plaisait pas au directeur de l'urbanisme rueillois et au premier plan l'architecture d’accompagnement qu'il avait alors imposé à Valode et Pistre, les auteurs des deux premiers immeubles: un "modernisme classique" - formulation oxymorique visible dans l'architecture de tous les immeubles de la ZAC Rueil 2000 - censé correspondre à la célébration encore vivace de la nostalgie impériale de cette ville.




Au début des années 2000 la construction quasi simultanée de l'immeuble Clarté et du siège social d'ASTRA-ZENECA dessiné par Jean Paul Viguier réussissait à imposer une vision plus contemporaine et à imposer l'axe de la voie nouvelle de la ZAC comme géométrie déterminante signant l'entrée de celle-ci. L'effet rond point diminuait.

Vingt ans après, la démolition des deux bâtiments signés Valode et Pistre et leurs remplacements par deux autres beaucoup plus imposants n'ont pas été l'occasion d'une réflexion sur l'importance de cette voie nouvelle, réflexion qui aurait pu remettre en cause l'existence de ce rond point et des alignements curvilignes qui en résultait.


Résultats :

Le remplacement du R+3 initial par un R+5, visant à reprendre l'épannelage de l'immeuble ASTRA-ZENECA, rend anachronique celui de la proue de l'immeuble CLARTE qui se référait à l'immeuble précédent.


En conséquence le plan d'arrêt que constituait cette proue a perdu toute signification.


La démolition de CLARTE aurait finalement été la seule solution cohérente avec cette densification recherchée.

Car, de manière tout-à-fait besogneuse, l'auteur de ce projet est allé aux limites du code civil et du règlement incendie pour suivre et contourner au plus près les limites de la proue.



Cette densification du site a même enlevé beaucoup d'élégance à l'immeuble ASTRA-ZENECA dessiné par JP VIGUIER. Le locataire a changé. Les façades ont été entièrement reprises (+30 cm en épaisseur!), la faille vitrée par lequel l'atrium central se signalait sur la place se lit maintenant comme un plan en retrait d'un nouveau volume en encorbellement au dessus d'un socle opaque. Les ascenseurs panoramiques qui s'éclairaient en façade, dans le plan de cette faille, ne sont plus visibles.


C'est assurément des changements qui alourdissent le projet, mais c'est sans doute devenu le prix à payer pour un nouveau classement thermique performant. Cédez le passage!



Didier Maufras

28 mai 2022

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