[2007] – 28 rue Villeneuve / 30-32 rue Gaston Paymal – 92110 Clichy-la-Garenne

Une réflexion au préalable qui privilégie l’urbain – comment densifier la réunion de deux propriétés en conservant sur l’une son jardin et sur l’autre un pavillon centenaire -, et qui se prolonge par une négociation complexe avec les services ministériels de l’architecture. Le compromis trouvé renforce un peu plus l’éclectisme de la ville, même si la référence aux Arts décoratifs peut être taxée d’anachronisme.

La société « Les résidences de la région parisienne » (RRP) est propriétaire d’un immeuble de 62 logements sociaux édifié sur un terrain de 3131 m², 28 et 30 rue Gaston Paymal à Clichy-la-Garenne depuis 2000. L’environnement urbain de cet immeuble a considérablement changé depuis sa construction en raison notamment des opérations de reconstruction menées en Z.A.C. sur le territoire de la commune et justifie une plus grande valorisation de ce patrimoine immobilier. RRP a chargé « Maufras et associés architectes » d’étudier cette valorisation.

 

Différents scénarios, étendus à la parcelle mitoyenne du 28 rue Villeneuve et à la démolition-reconstruction de l’immeuble existant, ont été étudiés à partir d’avril 2003 et présentés aux services d’urbanisme de la ville de Clichy. Le projet est le meilleur compromis entre le coût d’investissement et l’équilibre du programme locatif global.

 

Dans un premier temps, RRP a obtenu l’autorisation de construire 35 logements en cœur d’îlot sur les principes suivants :

 

  • sans recours à des contrats de cours communes avec les propriétaires riveraines, un bâtiment neuf en cœur de parcelle qui préserve au mieux l’espace en pleine terre existant et évite une trop grande frontalité avec la façade arrière de l’immeuble existant. Ses redents successifs qui sont autant de plans d’arrêts perspectifs procurent un effet de dilatation à l’espace de la cour dans son ouverture vers les autres espaces libres auxquelles elle se relie au sud.

  • construire un parc de stationnement moderne sur l’emprise de l’existant.

 

Dans un deuxième temps, RRP a étendu l’opération à la parcelle voisine, réalisé une division cadastrale pour isoler le pavillon existant faisant partie du patrimoine remarquable de la ville de Clichy et obtenu l’autorisation de construire 28 logements supplémentaires et leurs parkings.

La conservation de ce pavillon l’expression architecturale du projet sans soumissions excessives : il ne fallait pas perdre la justification première -créer du logement social dans les conditions concurrentielles du marché foncier libre des hyper centres urbains de la région parisienne- et respecter la contemporanéité des conditions techniques et économiques de sa construction.

La démarche est ainsi inspirée à la fois par la prise en compte des transformations parfois anarchiques du bâti au cours du XX° siècle et par un pragmatisme visant à un fonctionnement réaliste d’activités au sein d’un tissu résidentiel tendant à se densifier.

L’environnement de cette propriété s’était totalement modifiée au cours des années 1970 par la construction en mitoyenneté, de l’immeuble de bureaux R+3 (SCI du 30 rue Villeneuve) et de l’immeuble de logements R+7 (1978, maître d’ouvrage « Hauteville bâtiment », « Ocil » au 30 rue Paymal), dressant dans le paysage urbain de ce croisement de rues deux pignons nus et opaques surplombant les constructions de la parcelle. Celles ci ayant de surcroît subi des ravalements hasardeux, l’image urbaine de cet angle d’îlot se trouve dévalorisée, en comparaison des trois autres qui ont achevé leur transformation.

Pour achever la rénovation de l’îlot, le projet utilise les opportunités suivantes laissées par ce scénario chaotique :

 

  • les mitoyens sont tous deux construits en retrait des alignements sur rues.

  • la cour d’honneur du pavillon a conservé un arbre de haute tige et l’essentiel de sa clôture historique (piliers et murs bahuts en maçonnerie de meulières et briques, grilles en ferronnerie d’époque).

  • l’atelier existant a été intérieurement doublé d’une structure métallique à la trame régulière supportant un plancher intermédiaire et est couvert de sheds permettant une démolition partielle aisée.

 

La volumétrie proposée permet ainsi :

 

  • de couvrir le pignon du 30 rue Paymal au maximum, en duplexant le dernier niveau desservi.

  • de relier les alignements bâtis le long des rues Paymal et Villeneuve par un seul bâtiment –et une cage d’escalier unique- d’habitation à deux corps aux épannelages déterminés par leur contexte de mitoyenneté.

  • de dégager de toute construction la façade sud du pavillon et sa cour d’honneur, l’installant ainsi dans une situation de «vigie urbaine» au premier plan des façades du projet.

  • de préserver à l’échelle du piéton les éléments de clôtures et la végétation existants qui enrichissent la perception de l’espace public.

  • d’ouvrir le passage vers le cœur d’îlot par l’intermédiaire d’un porche de grande hauteur et la création d’une nouvelle cour intérieure dédiée au fonctionnement des locaux d’activité.

 

La volumétrie poursuit ainsi les alignements de fait des façades des deux immeubles mitoyens, définissant un premier corps de bâtiment R+6+comble sur la rue Paymal et un deuxième corps R+5+comble sur la rue Villeneuve. Ces deux corps sont articulés par la même cage d’escalier qui s’éclaire par l’intermédiaire d’une faille vitrée créée par le décalage en plan nécessité par le recul observé vis à vis de la façade est du pavillon. Ce recul redessine une cour aux proportions carrées, traversée dans sa diagonale nord-sud par une nouvelle perspective au niveau du sol qui met en relation les trottoirs respectifs des rues Paymal et Villeneuve, et les espaces plantés intérieurs qui les bordent.

 

L’expression architecturale a été mise au point en concertation avec le service départemental de l’Architecture et du patrimoine des Hauts-de-Seine.Elles sont une évocation du style Art Déco, qui a été jugé, tant par l’architecte des Bâtiments de France que par l’auteur du projet, approprié à réussir l’intégration de cette architecture dans son environnement qui confronte l’architecture sèche des années 1970 à celle plus ornementale de la fin du XIX° siècle. Le style Art Déco des années 1920, dans le domaine spécifique de l’architecture, cultive en effet l’art du paradoxe, exprimant une certaine modernité à travers des formes géométriques pures, annonciatrices du cubisme (l’oriel à troncatures en est l’archétype) tout en se nourrissant de la tradition décorative et ornementaliste apparue au début du vingtième siècle avec l’Art Nouveau. C’est enfin un style dont la région parisienne a conservé la trace dans son bâti résidentiel, aussi bien bourgeois que social.

 

Les façades sur rues déclinent ainsi ces deux registres en les adaptant à leur contexte.

 

Sur la rue Villeneuve, bien que le corps de bâtiment conserve l’alignement du 30 rue Villeneuve afin d’ouvrir la diagonale de lumière qui détache la masse du pavillon et de faciliter la croissance de l’arbre conservé, la référence avec le pavillon est forte. C’est pourquoi un toit revêtu d’ ardoises et de zinc comportant un profil particulier dialogue avec celui du pavillon. Le corps principal, constitué de trois étages, reprend au contraire les proportions horizontales de la façade de l’immeuble à usage de bureaux du 30 rue Villeneuve. La transition entre ce toit et ce corps principal est réussie par la loggia continue du 5ème étage qui par la mise en retrait de la façade de ce niveau reprend à la fois l’épannelage voisin, signale les deux duplex qui terminent la volumétrie et allège visuellement la ligne d’égout. Un oriel enfin réunit ces différents niveaux dans un même composition.De la même façon que le toit, le soubassement de cet immeuble reprend à l’échelle du piéton celle du pavillon en réunissant dans un même registre les deux premiers niveaux, habillés d’un revêtement plus sombre en plaquettes de terre cuite ocre.

 

Sur la rue Paymal, le corps de bâtiment aux proportions plus verticales doit composer seul avec la masse du R+7 construit dans les années 1970. On peut y lire, notamment au travers des balcons semi fermés, une multiplicité de registres verticaux en relief. C’est pourquoi la ligne verticale d’un oriel s’élevant sur toute la hauteur du corps principal, et repris en contrepoint sur les deux niveaux de l’attique, est la solution adaptée au contexte. Parallèlement la réduction à cinq étages du corps principal, et à un seul niveau du soubassement assure un dégradé de l’épannelage en direction de la rue Villeneuve.

 

Le pignon faisant face à la façade Est du pavillon a été conçu comme une véritable façade, bien que la création d’aucune baie principale ne soit nécessitée par la distribution des logements.La modénature des percements et le choix des matériaux reflètent le parti pris stylistique.

Les façades sont principalement revêtues d’une enduit monocouche à base de liants hydrauliques, finition talochée fin. La couleur sera claire –ton pierre -, pour les corps principaux des façades sur rue et celles intérieures. Un revêtement en plaquettes de terre cuite ocre grise habille les soubassements et les trumeaux adjacents des oriels.Le versant pentu du toit rue Villeneuve est revêtu d’ardoise modèle épaulée selon une pose dite «à la française». Le versant supérieur revêtu de zinc posé à joints debouts déborde largement le versant ardoisé.

 

L’ensemble des baies est fermé par des menuiseries en PVC gris, vitrés par du double vitrage clair. Les vitrages des baies donnant sur rue sont habillés de petits bois – traverses horizontales disposées selon un pas vertical de 35 cm environ-.

 

 

programme : 63 Logements PLS, 130 places de parking : 5 130 m² Activités : 600 m²

calendrier : études : 2003 – 2004 ; chantier : 2005 – 2007

coût : 7,4 M€ HT valeur juin 2007

collaboratrices : Marcela d’Ortenzio, Valérie Naintré, Gislind Lehnert, Nazaré Costa

B.E.T. Fluide s : Hydro-Alpha

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